Une histoire

book-419589_1280Mes chères crevettes, j’ai envie de vous raconter une histoire.

-Oui, oui, raconte-nous une histoire!

(Allez, tu l’as demandé, faudra pas râler, hein! Prends un coussin et installe-toi bien).

Début octobre je fus conviée à une rencontre professionnelle.

Je suis partie très tôt ce matin-là, laissant tout le monde endormi. J’ai pris le train. 4h de train.

C’est long, mais ça passe si vite pourtant. Il faut dire que je ne me suis jamais encore déplacée sans les nains et jusqu’au dernier moment j’ai cru que ça ne se produirait pas, le mini nain ayant eu la bonne idée de me faire une gengivite la veille.

Je jubile, j’exalte, je suis heureuse comme une gamine qui part découvrir l’océan. Libérée, délivrée…désormais plus rien ne m’arrête !

Je suis le maître du monde, je souris même dans le métro.

La rencontre se passe merveilleusement. Et voilà que le grand chef prend la parole pour présenter un des participants. Une, en fait.

Et voici Magali. Qui a fait la route depuis…la Malaisie. Moi qui me sentait tellement fière de mes 4 heures de train, ça remet les choses en perspective, hein?

Elle est là, toute fraîche, le visage lumineux et la mine épanouie. Oui, épanouie, parce que Magali, elle est enceinte de sept mois.

Ce que tu dois savoir ma petite crevette, c’est que j’ai un passé…douloureux. Avec les Magalis.

Je t’explique.

Quand j’étais naine, j’étais une enfant très sensible. Je n’étais pas une pleurnicharde, non, j’étais juste un peu incontinente des yeux.

Bref.

J’ai vécu mes premières et tendres années dans le doux département du 9-3. Puis, ma mère a été mutée. Chez les ploucs. Oui, je me doute bien que tu meurs d’envie d’avoir des détails sur cette histoire, petite crevette, mais je te le raconterai plus tard. Saches juste que l’on m’appelait « la fille au petit cartable » et que ce fut une période difficile. Et voilà que nous fûmes renvoyées en Seine Saint Denis. Bien sûr, j’avais commencé mon CP chez les ploucs (d’ailleurs j’étais forcément bien en avance) mais j’étais très heureuse de retrouver mon quartier, mon immeuble et mes amis.

Mais voilà, eux ne m’avaient pas attendu. Et ma meilleure amie avait une nouvelle meilleure amie (qui n’était pas moi, tu suis petite crevette?)

Sa nouvelle amie, elle s’appelait Magali.

Non contente de me piquer ma seule et unique amie, Magali était la chouchou de la maitresse. Elle avait toujours les meilleures notes, elle avait toujours droit à des bons points et des images parfumées et la maîtresse nous chantait en boucle les louanges de la fantastique Magali. « Faites comme Magali, Regardez comme Magali fait bien ceci, Regardez comme Magali fait bien cela… »

Quant à moi, comme j’étais arrivée en cours d’année on m’avait installée au fond entre Eric le Tortionnaire (si, je t’assure petite crevette) et Abdelkader que tout le monde appelait Saddam Hussein (et ça c’était quand même légèrement raciste, surtout qu’il n’avait même pas de moustaches, je te rappelle qu’on avait 7 ans).

C’est te dire petite crevette les souvenirs enfouis qui sont ressortis à ce moment-là, lorsque le grand chef la désignée en exemple… Elle se tenait là, avec sa tête de première de la classe…Et bien qu’elle ait eu l’air adorable, j’ai décidé (plutôt inconsciemment en fait) que je ne lui parlerai pas, na. Non mais, ces Magalis qu’est-ce qu’elles ont de vouloir toujours prendre toute l’attention, hein?

Et puis j’ai repensé à toute cette histoire. Pourquoi  ai-je cristallisé tous ces sentiments sur cette petite fille il y a vingt-quatre vingt ans de ça? Pourquoi a-t-on martyrisé ce pauvre Abdelkader qui ne le méritait pas et qui était loin d’être le seul rebeu de la classe (because on était dans le 9-3). La nature humaine est complexe.

Toujours est-il que ce prénom est resté associé dans mon esprit à des sentiments négatifs et douloureux tels que l’abandon, l’injustice, la jalousie. Pendant toutes ces années. N’est-ce pas stupide, petite crevette?

Mais tu vois petite crevette, il se trouve que je suis une adulte maintenant. Même si ma mère ne veut pas le concéder.

Et avec la nouvelle Magali nous avons fini par faire connaissance. Et il se trouve qu’elle est plutôt chouette cette fille!

Et tu sais quoi petite crevette? Je me dis qu’après tout peut-être que l’autre aussi, elle était chouette. Et peut-être que, si au lieu de choisir de souffrir j’avais essayé, peut-être qu’on aurait pu être amies.

La morale de cette histoire (oui, y a une morale, tu croyais t’en sortir comme ça?) c’est que dans la vie, on peut choisir la manière dont on vit les événements.

Alors, choisissons bien!

 

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