Papaoutai

absenceça fait maintenant plus de dix ans je crois que je t’ai dis que je ne voulais plus te voir. Je ne l’ai jamais regretté. Et je n’ai jamais changé d’avis. Mais là où je pense m’être trompée, c’est quand j’ai cru que j’étais forte et que ton absence ne parviendrait pas à m’affecter.

Je t’ai aimé, tu sais. Je t’ai aimé si fort. Comment aurait-il pu en être autrement? Un papa c’est un héros pour une petite fille. Il est le plus fort et le plus grand. Il est son premier amour aussi. Je me rappelle encore de cette chanson que tu me chantais petite fille, dans ta deux-chevaux sans siège enfant et au cendrier plein de mégots: « je t’emmèrai au ciel » tu me disais et j’y croyais. Si tu avais pu ressentir le bonheur que je ressentais à chaque fois que tu venais me chercher chez ma mère pour passer une journée avec toi… tu serais venu plus souvent.

J’ai lu un jour dans un livre de Dolto qu’un enfant ne pourrait jamais se construire correctement et avoir confiance en lui en l’absence d’un père. Je lui en ai voulu à cette connasse. J’avais 15 ans et elle venait de me jeter un sort à la Carabosse. Tu sais ce qui m’a encore moins aidé? Le fait que mon beau-père me répète jour après jour à quel point j’étais nulle sans que ma mère ne se croit le devoir d’intervenir.

C’est dur, tu sais, d’être une pièce rapportée. De sentir qu’on gène. Et de grandir comme ça.

Je me suis sentie tellement seule. J’ai passé des heures à rêver qu’un jour moi aussi, j’aurai une famille. Je me suis tapé l’incruste dans celle des autres… Peut-être que si tu avais été là, j’aurais senti que moi aussi j’avais quelqu’un.

Mais se voir une fois tous les 3 ans ça te suffisait. Et peut-être qu’à moi aussi.

Et puis, il y a eu ces mots. J’avais grandi, et tu as senti que tu ne pourrais plus me gruger alors ton attitude a changée. Et je me suis rendue compte que tu étais un con. Tu n’étais pas un héros, ni le plus grand, ni le plus fort. Tu étais un crétin immature et égocentrique.

Je ne t’ai plus revu. Et je ne crois pas que tu m’aies manqué. Pas toi. Mais il y a un vide en moi, quelque chose de douloureux et de si profond.

Tu vois papa, j’ai une famille aujourd’hui. Mais le vide est toujours là.

Quand je vois ma soeur avec son père, je ne peux pas m’empêcher de penser que moi aussi j’aurai voulu un papa.

Qui aurait cru qu’un papa c’était important? Et pourtant, j’ai trente ans, deux enfants et le vide ne se remplit pas.

Il m’arrive de penser à toi, de me demander où tu es, ce que tu fais, qui tu aimes…et puis je rigole nerveusement en écoutant ma soeur chanter Stromae… Elle  connait les paroles par coeur alors qu’elle, elle le sait où il est son papa. Et elle a bien de la chance.

Et puis, je me dit qu’un jour inévitablement tu mourras, sans que je ne t’ai jamais revu. Ce jour-là, les souvenirs d’une vieille voiture un peu sale et d’une rengaine fredonnée, l’odeur du tabac froid et quelques photos floues et mal cadrées, voilà tout ce qu’il me restera. Et je ferai ton deuil, une deuxième fois.

10 Commentaires

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  1. 3
    Maman_2_anges

    c’est beau, très beau et douloureusement vrai. je comprend, j’avais 15 ans quand on a coupé les ponts, ce fut dur, je l’ai revu à la naissance de ma grande, il s’en fiche autant qu’il se fichait de moi. je ne le reverrais pas mais il y a ce vide, profond que rien ne comble et qui fait que par moment on se sent si différent des autres.

  2. 6
    Tatiana

    Comme ton texte me parle. L absence, la déception, l incompréhension et la colère. 12 ans sans lui, parfois sans y penser, parfois plus douloureux. Surtout que je viens de devenir maman…

  3. 9
    MamanFée

    Poignant! Et si proche de ma propre histoire….
    Le mien ne voulait pas de moi… Je ne le voyais que pendant les vacances ( et encore, pas parce qu’il le voulait mais parce qu’il y était obligé par décision du tribunal ). A 14 ans, je n’ai plus voulu le voir. Je ne l’ai retrouvé qu’il y a 3 ans en revenant vivre dans le sud, parce que mon grand voulait rencontrer son grand père…. Maintenant on se voit de temps en temps, pour les enfants et j’avoue avoir mal quand je le vois si chaleureux avec eux, comportement qu’il n’a jamais eu avec moi….

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